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Rien que pour vos cheveux

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  Agde (34) Dans la rue de l’Espérance, on aperçoit encore le salon du vieux Fernand, qui officiait en artiste du peigne et du ciseau. « Coiffeur », dit encore l'enseigne, se faisant l’écho d'un temps où on venait se faire tondre en parlant mistral et bourrasques. Sa boutique c'était pas le Louvre, mais chaque coup de ciseau était un coup de pinceau, chaque mèche tombée, une œuvre d'art éphémère. « Les cheveux blancs, c'est les souvenirs qui poussent » qu'il disait de sa voix rocailleuse résonnant sur les murs écaillés. Ses mains, secouées de tremblements, tissaient des coiffures comme on noue des amitiés : serrées, solides et un brin compliquées. Sa vitrine était cachée derrière un rideau plus orange qu’un soleil couchant. « La discrétion, mes enfants, c'est la clef de l'élégance, » qu'il affirmait, le Fernand, alors que c'était surtout pour masquer la poussière qui s'accumulait. Le soir, après avoir rangé ses rasoirs et ses flacons d'ap...

L'adieu aux saucissons

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Quelque part en Saône-et-Loire. En cette année de grâce 1993, dans un coin paumé de l’hexagone, la maison « Salaisons des Îles » ferma ses portes, non sans un soupir de soulagement des cochons alentour. Fondée en 1954 par un homme qui croyait dur comme fer que la charcuterie était l'avenir de l'homme, la boutique avait connu des jours de gloire et des nuits d’ivresse, où les saucissons se balançaient au plafond comme des pendus, mais en moins tragique. Pierre, le fondateur, était un homme de goût, un esthète de l'andouillette, un poète du pâté de campagne, un Rimbaud de la rillette. Son magasin était son œuvre, son chef-d'œuvre, son « Guernica » à lui, une espèce de Louvre du lardon. Mais voilà, les temps changent plus vite que les bactéries prolifèrent dans un pâté de foie, les artères se bouchent, et les préoccupations écologiques s’immiscent dans l’esprit des consommateurs. La légende raconte qu'avant de tourner la clé dans la serrure pour la dernière fois, Pierr...

L’imprimerie disparue de Saint-Flour : un bastion de la résistance intellectuelle et artistique

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  Typo de l’enseigne : B anco (1951) du célèbre Roger Excoffon (Merci Alain pour cette info) Photo prise le 20 août 2022. Saint-Flour, Cantal. Les anciennes boutiques recèlent des histoires fascinantes. Chacune de ces antiques devantures est un témoin de ce temps révolu, de ces modes de vie, de ces pratiques d'antan. Derrière ces vitres crasseuses, combien d'évocations, de souvenirs et de mystères demeurent enfouis, hélas, dans l'oubli ? Les murs, eux, ont vu vivre bien des gens, ont enregistré tant d'événements survenus dans le quartier, ont subi les soubresauts des changements économiques et sociaux qui ont façonné la cité ou le village. Bien qu'elles ne soient plus en activité, ces boutiques témoignent encore de leur passé. Elles ont une âme ! Il suffit de s'arrêter un instant devant l'une d'elles pour imaginer les personnages qui y ont évolué, les histoires qui s'y sont déroulées. Ces vénérables échoppes sont comme des livres d'histoire, at...

La France désuète et abandonnée : L'hôtel Tremblant (43)

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  « Au Tremblant », un nom étrange pour cet hôtel qui cache certainement une histoire passionnante (mais laquelle ?). Ce bâtiment, situé sur la commune de La Chaise-Dieu (Haute-Loire), a vu le jour en 1902, juste après l'ouverture de la gare locale. Sa position sur le plateau du Livradois l'exposait aux éléments déchaînés et c'est ainsi qu'il a été baptisé le « Tremblant ». Pendant un siècle, il a accueilli des voyageurs d'affaires, des vacanciers en quête de repos, des soldats permissionnaires et a été témoin de nombreux repas de famille ou banquets d'associations. Malgré ses deux étoiles, il a dû fermer ses portes au début des années 2000, faute de pouvoir se conformer aux normes plus strictes et à la concurrence des nouveaux modes d'hébergement et de consommation. Les vacanciers sont sur l’autoroute, les commerciaux vont dans les hôtels des zones industrielles, le train a disparu depuis fort longtemps… Le Tremblant est désormais un souvenir, mais il reste...

Ici on loge à pied et à cheval

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  Hôtel restaurant Berlincourt, Seyssel (74). « Ici, on loge à pied et à cheval » est une inscription qui figurait sur certaines auberges, indiquant ainsi qu'il y avait des chambres pour les voyageurs et des écuries pour leurs montures. Auberge du Mont des Princes, Seyssel, 2019. À l'abandon. Il ne savait trop « où aller casser une croûte ». Il aurait bien voulu cependant « manger un morceau » car, creusé par l'air vif, il mourait de faim. En vain inspecta-t-il d'un œil expérimenté les environs, il ne sut y découvrir aucune de ces larges enseignes d'autrefois où qui savait lire lisait : « Ici, on loge à pied et à cheval ! » aucune de ces bonnes vieilles auberges où jadis saltimbanques, rouliers et marchands forains fraternisaient à la même table ! Aucune Mère de compagnons où les lions du tour de France venaient faire les vantards devant ces nigauds de faubouriens qui n'étaient jamais sortis de leur trou ! Tout vu, tout-examiné, force lui fut, afin de se refaire...

[PHOTO] : Hôtel Restaurant du Centre, hier et aujourd'hui (Ain)

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Zoom sur le Grand Hôtel Ripotot à Champagnole (Jura)

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Je me suis rendue à Champagnole dans le Jura, grâce à Raymond Depardon, ou plutôt grâce à son livre magnifique :  La France de Raymond Depardon,  dans lequel on retrouve 300 photographies en couleurs et en grand format d'une France un peu oubliée, de lieux désertés par le tourisme, vieux commerces, vieilles façades, où l'homme réside encore toutefois, en tentant de vivre, voire de survivre. Dans ce livre, Raymond Depardon a choisi de ne garder qu'une seule photo de chaque lieu traversé. Pour Champagnole, il a choisi la salle culturelle  Le Rex , et c'est pour photographier cette salle que j'ai pris la route du Jura. Mais en arrivant dans la ville, je suis tombée sur cet immense hôtel abandonné qui m'a totalement éblouie. Merci infiniment, M. Depardon de m'avoir permis de découvrir ce fabuleux bâtiment. J'ai bien sûr ensuite trouvé Le Rex : voir sur  Instagram . Le Grand Hôtel fut fondé en 1875 par Florian et Marie Ripotot sous le nom de Grand Hôtel du Co...

Histoire : Joachim Moinat et le Café du Paradis à Nantua

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En 1864, le café du Paradis existait déjà. Il appartenait à Joachim Moinat (1830-1890), également gérant du Buffet de la gare à Bourg-en-Bresse. Le limonadier a l’idée d’exploiter la glace du lac de Sylans tout proche pour rafraîchir les boissons servies à ses clients. Les débuts sont modestes mais l'initiative connaît un grand succès car il vend la glace aux débits de boissons des alentours. En 1869, il construit une véritable glacière avec l’autorisation des communes Le Poizat et les Neyrolles, et il fait aménager un chemin jusqu’à la route Lyon-Genève. La glace récoltée est acheminée aux gares de Bellegarde-sur-Valserine et de Pont d’Ain dans de grandes caisses par transport à cheval. Le limonadier cède le Café du Paradis en 1871 pour se concentrer sur le Buffet de la Gare, et sur la production de glace. A partir de 1873, un arrêté préfectoral autorise Joachim Moinat à exploiter officiellement la glace du lac. En 1883, lors de l'ouverture de la Ligne des Carpates, ligne de c...